De la fin ou du terme de lhistoire
Lhistoire nest pas le récit de lavenir de lhomme. Prétend-elle pour autant à la transcription fidèle du passé ? Et quel passé ? Qui se souvient de linstant présent, alors quil ignore le passé dont les épaisseurs ensevelissent jusquaux traces les plus matérielles, sans compter leffacement progressif dans des mémoires recomposées de tout tracé imagé ou écrit dont la consultation peut être révisée.
La belle historienne, Dors Venabili, compagne dHari Seldon remarque dans le roman Prélude à Fondation suscité :
Nous vivons dans le présent, que nous reconnaissons comme le produit de lensemble du passé et non pas dune période précise depuis longtemps enfuie et restée chère à nos curs.
LHistoire est un produit intellectuel spécifique de lespèce homo, mis en forme, raconté, travesti, soumis si lon prend le temps de la bien observer à des cycles répétés et compulsifs.
Selon Marc Bloch les faits historiques sont par essence des faits psychologiques. Tout homme est historien, il ne saurait être sans sinscrire dans une famille, un groupe, une nation, mais éprouve toutes les difficultés à appréhender son avenir despèce dans le temps évolutif de la matière universelle. Il pressent désormais, de façon sourde et oppressante, une fin inéluctable de son histoire mais repousse la vision consciente dun terme de lhistoire par engloutissement de son système solaire dans les tourbillons et vortex de la plus sombre et de la plus dense des énergies du néant. Le commencement cosmique ne linquiète pas plus que son anéantissement : il se fait historien de siècles qui ne sont rien dans linfini morne du temps universel, ce Chronos sans réveil. Les 64 cases du jeu déchec nous invitent sur terre à une partie dont le temps est compté dans lillusion dune histoire dhommes.
Cest au cours de cette partie dont le terme nest pas dans le terme de l histoire cosmique mais dans le temps limité des empires, des Royaumes et des États, que le psychohistorien, ce perplexe explorateur toujours égaré, conscient que lavenir est imprévisible par raison, remarque avec la curiosité dun prisonnier qui compte les jours, que ce temps des empires nest pas totalement erratique....Pompéi demeure ce quelle est, dans le temps, une convulsion instantanée de la matière sans les hommes, figée pour quelques millénaires et promise au retour informel à la cendre. Lesprit qui hanta ces formes pétrifiées nest pas dans la seule histoire qui vaille, celle de la matière corruptible. Ce terme sans lesprit est prévisible car lévolution du vivant vers linerte doit faire léconomie de lHomme, accident sans histoire.
Lépiphénomène humain ne sinsère dans une histoire du cosmos que par lillusion de lHistoire Homo dans le Temps Oméga : terme de la disparition dune espèce et non fin de lhistoire cosmique. Linscription dans une impossible histoire du cosmos est si instantanée quelle ne figurera quà létat mystérieux de traces existentielles et non reconnues par une improbable intelligence hors le temps. Lhistoire de lespèce humaine dont la propension à conspirer à sa propre perte est remarquable sestompera et se diluera comme une information corpusculaire aléatoire, recyclée sans fin et toujours inconnaissable.
Cest le temps sans fin de lAnalyse qui est, malgré nos résistances, histoire hors de lHistoire. En ce sens, cette dernière est totalement imprévisible car sans durée puisque sans terme. Cependant cest au passage de linconscient personnel à linconscient collectif, ce lieu hors le temps, où sexerce lempathie du psychohistorien, que quelque chose qui penserait aurait pu agir, mais pour le compte de qui ou du quoi ? LHistoire cosmique et son petit pourquoi si humain se termine sans fin et nul ne sait, sur la margelle du puits de la raison dhomme, renoncer à la sombre nuit sans vérité.
R-L.Liris.