Objet d'Histoire III
Un peintre de l'Objet d'Histoire.
La peinture d'histoire est un genre qui paraissait défini et somme toute assez traditionnel. Or Jean Prachinetti aborde le territoire interdit de certains objets d'histoire.

Les Objets d'histoire (Hommes et lieux) peints par Jean Prachinetti nous apparaissent transparents après un très lent voyage à travers la matière. Les éclairages ont perdu toute relation avec la lueur des origines . La nature froide du miroir ne nous renvoie qu'un instant de vie et semblerait ne rien garder des anciens éclats gelés dans ses profondeurs perdues. Des magiciens ont prétendu apercevoir d'étranges lueurs à la dérobée de l'oblique d'un regard halluciné jeté sur un miroir. Il n'en serait rien du tableau : ce miroir peint par Jean Prachinetti peut contenir et révéler les Objets d'histoire. Par ses captures multiples et superposées, le tableau, plus qu'un instant de vie, dérobe de l'éternité à qui ose le traverser. Il faut renvoyer le spectateur à une émotion rare, une sorte d' hystérie de voyageur du passé, comblé par le temps retrouvé et le présent perdu.

Ces Objets d'histoire, que la nouvelle peinture tente de saisir en dehors de la perspective calculée, en sont issus. Ces choses d'esprit issues du mauvais instrument de l'oubli se meuvent dans l'éther vague des lumières mortes. Sans céder un pouce de terrain au pitoyable présent, ces objets ont les traits d'un mortel plongé dans une pétrification d'apparence encore humaine; ils montent une garde dénuée de l'attente d'un futur sans étreinte possible. Étrangers au temps, revenus invaincus des champs de bataille de la mémoire, ces soldats perdus se sont à jamais émancipés des catastrophes d'une pauvre histoire. Objets d'histoire, ils participent de la double nature du mythe des dieux et de la réalité des héros.
Parvenir au présent se paye d'une abolition dans le temps. Les choses qui sont données à voir dans la peinture de Jean Prachinetti ont fait un long voyage de lumières. Leurs ombres, à d'autres mêlées, conservent les transparences sans retour de l'obscur de toute vie banale. Peintre d'histoire, dans une ville capitale de l'histoire interdite, il trame avec les invraisemblables historiens des interdits d'éternité, un complot d'initié : la garde éternelle. En ce lieu d'effroi, le tableau, l'image s'évanouit comme on vient à la vie, sans savoir qu'un ancien monde, plus que le futur, nous menace.
Copyright SFPh